Entretien avec Denis Guillot, Président du Directoire des Nouveaux Robinson

29 mars 2017

Denis Guillot est le Président du Directoire des Nouveaux Robinson, une enseigne de supermarchés coopératifs de produits biologiques et écologiques fondée en 1993 à l’initiative d’un groupe de consommateurs militants. Denis Guillot nous raconte ce qui a fait le succès de cette enseigne visionnaire qui a fait le choix de placer l’humain au cœur de sa stratégie.

 

Natexbio : Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel ? Depuis combien de temps travaillez-vous dans le secteur de la Bio ?

Denis Guillot: Je suis né et ai grandi dans le commerce puisque mes parents tenaient une épicerie dans laquelle j’ai pu travailler. C’est donc tout naturellement que je me suis dirigé vers des études de commerce. J’ai ensuite été commercial pour une grande marque de café.

En 1996, un peu lassé d’être sur la route, j’ai eu besoin d’avancer vers des projets porteurs de sens et j’ai désiré mieux connaître ce qu’il y avait derrière le label « agriculture biologique ». J’ai alors suivi la formation en maraîchage bio chez Philippe Desbrosses à la Ferme de Sainte Marthe à Millançay. C’était un vrai choix de vie personnelle et d’orientation professionnelle.

Après une première expérience dans le commerce bio (chez nos concurrents), je suis arrivé aux Nouveaux Robinson en juillet 1998 en tant que vendeur/conseiller au rayon fruits et légumes. Bien sûr c’est la diversité des tâches et du public rencontré qui m’a tout de suite séduit.

J’ai ensuite évolué et j’ai pu assurer différentes responsabilités au sein de la coopérative que je soutiens en tant que président du Directoire depuis mai 2011.

 

Natexbio : Le concept de distribution des Nouveaux Robinson est assez atypique dans le paysage des enseignes françaises de produits biologiques. Comment est née son idée?

Denis Guillot: Nous nous assimilons aux nombreux distributeurs de produits biologiques dans le paysage français sous le format de magasins et supermarchés en libre service. C’est par leur organisation et leur structure juridique coopérative que Les Nouveaux Robinson font figure d’exception.

En 1993, un groupe de consommateurs militants font le rêve d’un magasin bio où ils pourraient trouver tout ce qu’ils désirent et où tous les acteurs de la chaîne seraient respectés. Les Nouveaux Robinson voient le jour… Le statut de coopérative portant le principe démocratique d’ « un homme, une voix » s’est naturellement imposé. 

Ce sont aujourd’hui 19 magasins de produits biologiques et presque 300 salariés sur Paris et sa banlieue.

 

Natexbio : Vous enregistrez une belle croissance totalisant à ce jour une vingtaine de magasins. Quelles sont les clés de succès de votre enseigne ?

Denis Guillot: Tout d’abord, nous évoluons dans un secteur en pleine croissance. C’est plus facile dans ces conditions !

Mais je crois que les clés de notre succès sont liées à notre ancienneté, la qualité de nos produits et à notre statut coopératif.

Nous existons depuis 1993, nous avons donc tissé depuis plus de 20 ans des liens forts avec nos fournisseurs. Nous avons un profond respect pour ceux qui produisent les produits que nous commercialisons. C’est un engagement sur la qualité que nous prenons auprès de notre clientèle et c’est un des facteurs de réussite de notre enseigne.

Dans un monde en transition, le modèle coopératif est de plus en plus reconnu. Nous avons l’agrément « Entreprise Solidaire », la reconnaissance d’une gestion économique et sociale différente. Je crois que ce sont des éléments importants pour nos clients qui font qu’ils restent fidèles à notre enseigne, à nos valeurs…

Aux Nouveaux Robinson, les sociétaires sont animés par le fait de soutenir une entreprise différente et sont en attente d’une pérennité économique sans en attendre une croissance trop importante.

Ce qui nous anime au quotidien est le respect d’une grande éthique à tous les niveaux : auprès des fournisseurs, auprès des sociétaires, auprès des clients et auprès des salariés.

Avec un concept que nous pourrions qualifier « d’artisanal », c’est le style et la politique d’entreprise qui peut séduire les clients.

 

Natexbio : Depuis l’ouverture de votre premier supermarché Bio coopératif en 1993 votre réseau est resté concentré à Paris et sa proche banlieue. Avez-vous des projets de développement dans d’autres régions françaises?

Denis Guillot: Non, nous n’avons pas actuellement de projet de développement en dehors de l’Ile-de-France. Aujourd’hui, notre organisation n’est pas adaptée à un fonctionnement décentralisé au niveau national.

 

Natexbio : Les enseignes de la grande distribution sont très agressives sur le marché Bio. Que vous inspire cette concurrence ?

Denis Guillot: C’est vrai que le marché bio est très porteur et attire forcément la grande distribution qui a des moyens bien différents des nôtres.

Toutefois, la diversité de clients est grande. Il existe de nombreuses motivations d’achat et de multiples types de clientèle. Ceux qui sont susceptibles de pousser la porte d’un de nos magasins sont en recherche de produits de qualité assurée par une traçabilité exigeante et sans doute aussi par ce modèle économique qui fait notre différence.

Nous n’avons jamais voulu trahir notre éthique et nos valeurs, malgré cet environnement concurrentiel chahuté. Nous voulons continuer à proposer des produits de grande qualité, en respectant les engagements sur lesquels nous avons fondé notre coopérative.

 

Natexbio : La grande distribution n’a pas bonne presse concernant sa gestion du personnel et ses pratiques envers ses fournisseurs. Comment se positionne les Nouveaux Robinson sur le plan de la RSE?

Denis Guillot: D’abord en termes de politique sociale, nous avons mis en place de nombreuses mesures depuis très longtemps. Nous travaillons sur la rémunération avec une échelle de salaires réduite, une redistribution des richesses, un dialogue social ouvert, différents avantages sociaux…

Ensuite en lien avec nos fournisseurs, nous avons tissé de vrais partenariats historiques et nous avons des relations respectueuses, notamment dans le paiement dans des délais réduits.

Nous avons des engagements écologiques qui sont très importants : tous nos magasins sont alimentés en électricité verte grâce à Enercoop, nous avons une politique de recyclage, de lutte contre le gaspillage alimentaire…

Enfin, nous menons des actions de solidarité envers de nombreuses associations, ce qui est très important pour nous afin de permettre à ces associations de se développer et de défendre leurs causes qui nous semblent justes.

 

Natexbio : Depuis plus de vingt ans, vous défendez le concept d’une entreprise qui fonctionne démocratiquement. Dans un contexte où la concurrence s’accélère, votre modèle de gouvernance proche de l’holacracie ne représente-t-il pas un frein à la prise de décision et au développement de votre enseigne ?

Denis Guillot: Effectivement, notre structure coopérative est liée à un fonctionnement démocratique. Nous prenons les décisions de manière collégiale. D’abord grâce à nos Assemblées Générales où les sociétaires expriment leur avis. Ensuite au niveau stratégique grâce au Conseil de Surveillance qui représente les sociétaires. Enfin, au quotidien, avec le Directoire nommé par le Conseil de Surveillance. Mais nous ne revendiquons pas un modèle holacratique pour autant.

Certaines décisions peuvent effectivement être longues à prendre avec ce fonctionnement mais nous savons nous adapter. Et parler d’un « frein à la prise de décision » me parait un peu exagéré. Nous n’avons encore jamais manqué une opportunité à cause de notre modèle.

 

Natexbio : Le prix des produits bio représenterait encore un obstacle pour un grand nombre de consommateurs. Qu’en pensez-vous?

Denis Guillot: C’est effectivement une image qui colle aux produits bio. Mais il faut voir les choses dans leur ensemble. Le coût environnemental des produits conventionnels est bien plus important pour la société et c’est un facteur à prendre en compte même si ça ne se mesure pas directement dans le portefeuille.

Afin de justifier cette différence de prix perçue par les consommateurs, il est impératif de défendre une démarche très qualitative, aussi bien dans la production que dans le référencement de nos produits en magasin.

Consommer bio s’accompagne aussi, je crois, d’une modification de notre façon de se nourrir. Toujours est-il que notre coopérative a toujours eu la volonté de rendre accessibles les produits biologiques au plus grand nombre, tout en maintenant un haut niveau de qualité. C’est notamment l’objectif de ce que nous avons baptisé « le Panier Robinson ».

Nous avons également l’ambition d’être le plus transparent sur nos produits, nos approvisionnements… Et nous accompagnons le client grâce aux conseils de nos clients, des ateliers cuisine, des rencontres avec les fournisseurs…

 

Natexbio : Serez-vous présents à la prochaine édition de Natexpo qui se tiendra du 22 au 24 octobre prochains ? 

Denis Guillot: Nous sommes présents sur ce salon en tant que visiteurs. C’est un rendez-vous attendu pour rencontrer des nouveaux fournisseurs, découvrir les nouvelles tendances…

Natexbio : Les professionnels des produits biologiques sont aussi des ambassadeurs du bien-être. Quelle est la formule gagnante de votre hygiène de vie ? Avez-vous un conseil à donner à nos lecteurs ?

Denis Guillot: Je suis personnellement un convaincu ! Je mange un peu de tout, je fais attention à mes choix (saison, label…). J’essaie de m’entretenir aussi en faisant du sport ou en me mettant au vert régulièrement. C’est important avec la vie citadine qui peut être stressante.

Prendre régulièrement du recul sur ses envies, du temps pour réfléchir à ses engagements… Ca fait partie d’une bonne hygiène de vie, selon moi.

Le monde dans lequel nous vivons impose de parfois faire des choix, l’important est de les faire en toute conscience !

Propos recueillis par Natexbio

Crédit Photo © Olivier CORET / Divergence

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