Entretien avec Alexia Rey, co-fondatrice de NeoFarm, 2ème lauréat du Natexbio Challenge 2021

28 septembre 2021

Entretien avec Alexia Rey, co-fondatrice de NeoFarm, une approche innovante de l’agroécologie, qui propose de faire émerger un modèle de production maraichère à grande échelle, à la fois écologique, rentable économiquement et implantée localement.

Equipe NeoFarm
L’équipe de NeoFarm, en présence de Julien Denormandie et Cédric O

Natexbio : Alexia, pouvez-vous nous rappeler la genèse de votre projet Bio ? Qui sont ses créateurs et comment une telle idée a pu germer et se développer ?

AR : « Tout d’abord, ce fut une rencontre avec mon co-fondateur, Olivier Le Blainvaux, nos profils sont complémentaires mais sans historique « agricole », mais avec un réel intérêt et une approche assez ouverte pour l’alimentation et l’agriculture. Nous étions convaincus de la nécessité de faire émerger un modèle différent de celui qui domine aujourd’hui.

J’ai suivi une formation agricole, obtenu un diplôme d’agricultrice, et nous avons étudié les innovations et pratiques alternatives qui existent dans le secteur agricole.

Les pratiques d’agriculture régénératrice, d’agroécologie, de maraîchage bio-intensif sur petite surface nous ont paru être l’avenir de l’agriculture et nous avons donc décidé de développer des solutions technologiques qui puissent se combiner à celles-ci. Des réponses respectueuses des sols, de la biodiversité et de la nature, des solutions qui puissent s’adapter à une grande diversité et densité de cultures… Je suis convaincue que la technologie peut se mettre au service de l’agriculture. »

Alexia Rey et Olivier le Blainvaux, co-fondateurs de NeoFarm
Alexia Rey et Olivier Le Blainvaux,
co-fondateurs de NeoFarm

Natexbio : Pourquoi, au travers de votre histoire personnelle, avoir choisi un tel projet d’entreprise ?

AR : « Comme beaucoup d’autres personnes de ma génération, j’ai pris conscience de l’urgence climatique imminente et j’ai eu envie d’agir. J’avais eu de précédentes expériences dans l’économie sociale et solidaire, dans la finance responsable ainsi que dans l’entrepreneuriat. Je voulais à mon tour créer un projet qui ai un impact positif sur l’environnement et sur la société. J’aime cuisiner de bons produits, je suis attentive à leur provenance, je suis végétarienne… donc un projet dans la production de légumes a du sens pour moi ! »

Natexbio : Pouvez-vous nous décrire votre offre de production ? sa largeur ? sur quels territoires ?

AR : « NeoFarm conçoit des fermes technologiques « clé́ en main » sur petite surface en périphérie des villes, pour une production de légumes bio et locaux. Notre mission est de faire émerger un modèle de production écologique, efficace et qui rétribue justement l’effort du producteur. Ces micro-fermes associent les bénéfices de l’agroécologie et ceux de la technologie.

Notre modèle économique est celui du concepteur du système complet de la micro-ferme puis d’un opérateur de l’ensemble des activités pour des partenaires. Ce sont des acteurs du territoire, comme les collectivités, les coopératives agricoles ainsi que les agriculteurs et les entreprises locales. Chez NeoFarm, nous voulons avoir un impact sur les modes de consommation des citoyens tout en aidant les territoires à renforcer leur souveraineté alimentaire et en permettant aux agriculteurs de diversifier leurs revenus. 

Pour le moment notre activité se concentre en Ile-de-France et sur les régions voisines mais, à terme, nous souhaitons nous développer sur tout le territoire. Notre objectif est de développer plusieurs dizaines de micro-fermes en France dans les années à venir. »

Ferme NeoFarm vue du ciel
Ferme vue du ciel

Ferme pilote NeoFarm
Ferme pilote NeoFarm

Natexbio : Qui sont les producteurs/agriculteurs avec qui vous travaillez ? Ont-ils un profil type ? Comment les sélectionnez-vous ?

AR : « Il n’y a pas vraiment de profil « type » ; nous avons par exemple des jeunes porteurs de projets qui reprennent la ferme familiale et veulent passer en Bio, des agriculteurs en grande culture ou en élevage qui veulent diversifier leur activité et vendre une partie de leurs produits à la ferme. Notre activité a eu une certaine visibilité dernièrement, notamment suite à la visite du ministre de l’agriculture sur notre ferme pilote, et nous avons la chance d’être contactés par de super porteurs et porteuses de projets. Il y a aussi d’autres acteurs et partenaires du secteur agricole qui jouent un rôle important pour la promotion de ce modèle de fermes. En résumé, nous sommes ouverts à tous ceux qui veulent installer une ferme NeoFarm sur leurs parcelles ou dans leur ville, ou y travailler ! »

Natexbio : Sur quels réseaux de distribution vous appuyez-vous ?

AR : « Nous travaillons avec plusieurs partenaires de distribution, des magasins spécialisés Bio situés à proximité de nos fermes. Aujourd’hui, nous distribuons nos légumes dans des enseignes situées dans un rayon de 20 km autour du lieu de production, comme La Vie Claire, ou Biocoop, ou en ligne via La Ruche qui dit Oui ! Nous allons également mettre en place de la vente directe sur les prochaines fermes. »

Natexbio : Pensez-vous qu’une offre « vrac » ou « panier » puisse s’appliquer un jour au concept NeoFarm ?

AR : « Pour les paniers, c’est difficile à envisager pour l’instant car les ventes se font par variété de légumes ou d’aromates. Bientôt, nous aurons également des fruits dans notre production.

En ce qui concerne le vrac, nous l’avons toujours pratiqué, puisque nos légumes sont conditionnés et distribués en caisses, sans aucun autre emballage. »

Natexbio : Quelle attention particulière portez-vous aux valeurs de la Bio et de l’Agroécologie ? Concrètement comme cela se traduit ?

AR : « Dès l’origine du projet, il était évident pour nous qu’un tel concept reposerait forcément sur les valeurs de la Bio, puisque nous en adoptons les pratiques agricoles. Avec l’agroécologie, nous allons même encore plus loin dans le respect de la nature, de la biodiversité, du sol et aussi de celles et ceux qui produisent notre alimentation. »

Natexbio : Pouvez-vous nous en dire plus sur ce modèle d’Agriculture que nous connaissons encore peu ?

AR : « L’agroécologie, c’est un modèle d’agriculture qui s’appuie sur les services rendus par les écosystèmes naturels. Elle présente de nombreux avantages, notamment des rendements agricoles élevés sur de petites surfaces et le respect de la biodiversité. Son inconvénient majeur, c’est que c’est un modèle manuel qui est très demandeur en temps de travail humain et qui peut difficilement passer à l’échelle. Dans le modèle de NeoFarm, la technologie permet justement de faire des gains de temps importants sur les tâches maraîchères et de réduire considérablement la pénibilité́. »

Natexbio : Vous venez de remporter le deuxième prix du Natexbio Challenge 2021 ; quelle importance accordez-vous à cette distinction ?

AR : « Premièrement, nous avons rencontré des gens de grande valeur parmi le jury, qui se sont intéressés à notre projet. Notre modèle est innovant et pour nous, c’est très important de nous sentir reconnus, à notre place dans la filière Bio. Et puis, bien sûr, être récompensés par le jury nous a donné plus de visibilité pour l’avenir. Enfin, la dotation financière va nous permettre d’avancer dans notre projet agroécologique : nous allons utiliser cette dotation en plantant plus d’arbres fruitiers dans notre verger-maraîcher. »

Natexbio : En tant que lauréate du Natexbio Challenge, vous avez un stand offert au prochain Natexpo, qui se déroulera du 24 au 26 octobre à Paris. Comment allez-vous tirer profit de ce salon ?

AR : « Nous sommes impatients d’y être pour rencontrer de nouveaux acteurs, tisser des liens avec de futurs partenaires et renforcer la visibilité de nos fermes. »

Propos recueillis par Christophe Beaubaton pour Natexbio

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