Entretien avec Michel Pierre de l’Herboristerie du Palais Royal

22 janvier 2015

Michel PIERRE dirige l’Herboristerie du Palais Royal depuis 1972, une des dernières herboristeries  de Paris, le diplôme et l’activité d’herboriste ayant été supprimés en 1941 sous le régime de Vichy. Il nous parle de sa passion pour les plantes médicinales de plus en plus plébiscitées par les Français et de son combat pour faire reconnaître sa profession auprès des autorités publiques.

Natexbio : Comment est née votre passion pour les plantes ?

Michel Pierre: Préparateur de formation, j’ai retrouvé dans ce métier d’herboriste une partie de ce que j’ai appris dans ma jeunesse. J’ai eu également la chance d’aller récolter des plantes avec ma grand-mère dans la campagne du Sud-ouest. Nous consommions beaucoup de tisanes à la maison et c’est devenu une passion.

Natexbio : Dans quel contexte avez-vous repris l’Herboristerie du Palais Royal en 1972 ?

Michel Pierre: C’était le tout début du renouveau aux sources, les balbutiements de l’écologie. A l’époque, il y avait encore des diplômés d’avant 1941, date de la suppression du diplôme. L’herboriste à qui j’ai acheté l’herboristerie, et qui m’a couvert juridiquement pendant des années, était une véritable encyclopédie, elle m’a formé, ou plutôt m’a raconté l’histoire des plantes tous les jours durant deux années.

Natexbio : En juillet 2011, une proposition de loi a été déposée sur l’herboristerie. Le texte rétablissait le diplôme d’herboriste, et obligeait la profession à suivre toute la chaîne de production des plantes, de la cueillette au consommateur. Quelle suite a été donnée à ce projet ?

Michel Pierre: Ce projet est resté sans suite malgré la bonne volonté du sénateur Jean-Luc FICHET, initiateur de la construction d’un diplôme d’herboriste, il s’est trouvé face à un mur de protestations de privilégiés pensant être les seuls détenteurs du bien-être des gens.

Natexbio : Aujourd’hui combien de plantes médicinales sont autorisées à la vente en France et dans les autres pays européens ?

Michel Pierre: En France, nous avons le droit de vendre 143 plantes pour faire des tisanes. Stupidité de cette liste, il s’agit surtout de plantes aromatiques, vendues dans n’importe quelle boutique ou grande surface, sans tenir compte de la qualité, critère primordial que peut détenir un herboriste, sans tenir compte non plus des informations sur l’action des plantes, savoir détenue par un professionnel.

Dernièrement, 600 plantes ont été libérées pour faire des compléments alimentaires, j’en suis très heureux, mais nous n’avons pas le droit pour autant de vendre ces plantes en l’état pour faire des tisanes.

Natexbio : Comment sont organisés la formation d’herboriste et le commerce des plantes médicinales dans le reste de l’Union Européenne. La France fait-elle figure d’exception ?

Michel Pierre: La France est un des rares pays Européens à ne pas avoir d’herboristes diplômés, 5000 en Allemagne et Italie, liberté (enfin, il y avait) en Angleterre, Espagne. La consommation de plantes pour tisanes fait partie de la culture des pays d’Europe centrale, si on harmonise l’Europe, le critère sera « vous n’avez pas le droit de consommer des plantes », une aberration pour notre liberté de soin.

Natexbio : Face à la demande croissante du public, vous et vos confrères avez décidé de vous organiser pour revaloriser le métier d’herboriste, notamment à travers la création de la Fédération française des écoles d’herboristerie. Pouvez-vous nous présenter la composition de cette structure et ses missions ?

Michel Pierre: La fédération des écoles d’herboristerie est une bonne chose. Elle va permettre d’harmoniser  les études d’herboristerie en vue de la création d’un diplôme. Ces écoles sont ouvertes à tout le monde, l’étude des plantes est complète.

Natexbio : Le prochain congrès des Herboristes aura lieu à Toulouse les  25 et 26 avril 2015. Quel en sera le thème ?

Michel Pierre: Le thème sera de consolider cette fédération, nous aurons créé le syndicat des herboristes que nous présenterons, son but, son avenir, avec la création d’une profession à part entière. Cela va permettre aux décideurs d’avoir des interlocuteurs pour envisager la création si chère à la population Française, d’un diplôme d’herboriste, de pouvoir consommer en toute sécurité des plantes à usage traditionnel pour leur bien-être.

Natexbio : Vous confectionnez de nombreuses préparations de plantes médicinales pour votre clientèle. Quelles sont celles qui ont le plus de succès ?

Michel Pierre: Beaucoup de plantes, je ne dirai pas médicinales, mais traditionnelles puisque connues depuis des millénaires pour leur actions, sont utilisées à titre préventif ou curatif. D’abord les plantes détoxifiantes que l’on utilise en cure de trois semaines au printemps et à l’automne, des plantes contre l’acidité et le reflux gastrique touchant une majorité de la population, à cause du stress et de la consommation d’une alimentation trop industrielle. Les autres qu’elles soient pour la circulation, le sommeil, les douleurs articulaires se consomment tout au long de l’année.

Natexbio : Dans votre livre « Les Plantes du Bien-être », publié aux éditions du Chêne, vous  insistez sur le fait qu’il ne faut pas faire n’importe quoi avec les plantes qui ont des principes actifs, certains très puissants, certains dangereux. Que dites-vous à ceux qui seraient tentés par l’automédication naturelle ?

Michel Pierre: Les plantes toxiques et dangereuses ne sont pas vendues dans les herboristeries, par contre certaines ont des contre-indications ou des interactions médicamenteuses, c’est là que le professionnel interviendra, n’hésitez pas à demander des informations au peu de professionnels  encore en France.

Natexbio : En Chine, les préparations traditionnelles à base de plantes représentent entre 30 et 50 % de la consommation totale de médicaments. En Orient, les médecins sont très impliqués dans la prévention. Que vous inspire cette approche médicale ?

Michel Pierre: Le but du syndicat sera d’aider tous les acteurs de santé à connaître les plantes, avec leurs bienfaits et la prudence de leur usage. J’aimerais que les personnes utilisant des plantes en parlent à leur médecin, leur nutritionniste, leur ostéopathe, leur kinésithérapeute, tous les acteurs de santé, ils leur permettraient d’aider la société.

Natexbio : Les professionnels des produits naturels et bios sont aussi des ambassadeurs du bien-être. Quelle est la formule gagnante de votre hygiène de vie ? Avez-vous un conseil à donner à nos lecteurs ?

Michel Pierre: Faire usage de plantes à la place de médication lourde, drainage deux fois par an, bien gérer son stress, générateur de tellement de maladies. La tisane n’est pas une panacée, l’équilibre alimentaire est primordial en consommant le moins possible ou pas, d’alcool et de tabac.

Propos recueillis par Natexbio


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