Entretien avec Samira Mesbahi, une belle plante bio

26 mars 2020
Samira Mesbahi 

Samira Mesbahi n’est pas qu’une « Belle Plante » bio. Elle est à la fois jardinière, comédienne, éco-animatrice, journaliste à ses heures, productrice, lanceuse d’alertes éclairée sur tous les sujets qui touchent de près à la préservation de notre biodiversité, si chère par les temps qui courent !

Natexbio : Samira, vous avez beaucoup de cordes à votre arc ; pouvez-vous nous expliquer un peu votre parcours ?

Samira Mesbahi  : « J’ai toujours été attirée par la nature, par le mystère des plantes, et celui des graines en particulier. Après des études de journalisme, j’ai voyagé, et notamment travaillé dans la production pour le théâtre et le cinéma. Partout où je suis allée, j’ai été émue par le sort des paysans – pour moi un métier parmi les plus importants au monde – qui nous nourrissent mais sont souvent mal, ou peu considérés, par la société dans laquelle nous vivons. Ce rôle nourricier étant essentiel à mes yeux, je me suis intéressée, à partir de 2014, de très près à l’agriculture biologique, à la permaculture, et à l’agriculture urbaine pour faire venir un peu de ce « sens paysan » au cœur de nos cités.  C’est pour ces raisons que je me suis formée au maraîchage bio, à la permaculture et au jardinage- paysagisme, je suis devenue éco-designer végétal et je crée des éco-happenings… »

Natexbio : Et aujourd’hui quelles sont les valeurs que vous défendez ?

Samira Mesbahi: « Elles sont multiples. Je dirais que ma principale préoccupation aujourd’hui (et c’est encore plus vrai avec la crise que nous vivons) est de préserver au mieux notre biodiversité, notamment en zones urbaines, et ainsi gagner mon indépendance et ma survie via la culture des plantes en mode biologique, et si possible en permaculture. Alors, aujourd’hui oui, j’ai envie et je me dois de transmettre ce savoir à un maximum de personnes au travers de mes différentes activités.

Je m’investis aussi dans la lutte contre les ondes nocives qui nous entourent, et qui ne vont cesser de se développer. Mais c’est un autre sujet qui méritera certainement d’en parler plus longuement ! »

Natexbio : Comment vous est venue l’idée de créer « La Belle Plante ? »

Samira Mesbahi: « Curieusement, elle est née d’un texte sur lequel j’ai travaillé en atelier (publié dans un manifeste) ; je crois qu’il s’appelait « Les plantes interdites ». Il parlait des « mauvaises herbes » disséminées au hasard sur certains trottoirs peu entretenus de nos villes, des herbes un peu folles, apparues çà et là au grès du voyage de la graine qui leur a donné naissance ; des herbes qui poussent, vivent et résistent à cette situation qui au départ ne leur était pas favorable. Et pourtant, elles ont su s’adapter, et tirer le meilleur parti de leur environnement. Ce texte m’a donné l’idée de créer une « performance » pour expliquer au public que, comme elles, nous devons nous adapter pour notre survie. »

Natexbio : De quoi s’inspire cette performance ?

Samira Mesbahi: « De ma volonté de lutter contre l’eugénisme bien sûr ( cf. la sélection des plantes par leur patrimoine génétique : la multiplication de l’individu- élite et l’élimination des hors type). Faire une performance, c’est une bonne manière de transmettre mes idées et les valeurs que je veux défendre : accepter les différences, préserver la biodiversité, cela commence par semer une toute petite graine ! Alors je chante, je distribue des graines, je veille sur tous, j’alerte le public sur les risques des excès et déséquilibres de la mondialisation et de l’agriculture intensive, je prône avec liberté, poésie et humour, les valeurs simples et essentielles de la nature, de la bio et de la permaculture. Nous devons rester souverains au niveau de notre alimentation, et non esclaves de la société de consommation. Nous avons le pouvoir de changer les choses avec notre porte-monnaie. Nous ne pouvons pas rester contemplatifs et nous plaindre constamment. Si nous consommons de façon consciente, nous pouvons vraiment avoir un impact sur la société.»

Teaser de la performance de ‘LA PLANTE EN COLÈRE

Natexbio : Et comment appliquez-vous vos idées au travers de cette activité professionnelle ?

Samira Mesbahi: « Je travaille essentiellement par le bouche à oreille, mon réseau se constitue progressivement de cette manière, et je n’hésite pas à me déplacer de régions en régions pour appliquer mes idées. Sur le terrain, je propose un autre regard sur la nature où nous pouvons nous connecter à la plante qui est en nous pour mieux comprendre les plantes. C’est pour ça que j’évoque nos points communs avec elles. Qu’ on empote des plantes en intérieur dans un atelier ou  végétalise les balcons, les terrasses, les rambardes, les fenêtres et toutes les surfaces imaginables, j’allie jardinage et thérapie, c’est à dire que le jardinage permet un lâcher prise et une connexion avec la Plante. J’en profite pour insister sur la nécessité de manger sain, bio et local, et donc de donner aux agriculteurs les moyens de considérer leur transition vers une culture biologique.

J’éveille les consciences végétales à travers de la cohésion d’équipe, la végétalisation d’ espaces, et de l’accompagnement à distance :

  • Par  la création de havres de paix végétalisés, rafraîchissants et singuliers, très efficaces pour développer l’estime de soi et booster leur engagement.
  • Par la découverte de gestes écolos et des enjeux de la biodiversité, les gens changent leur mode de consommation. Ils  réduisent leurs déchets et le gaspillage des énergies, et par conséquent les factures finalement.
  • En participant à la protection de la biodiversité et en encourageant les acteurs de cultures respectueuses de l’environnement, on confirme la crédibilité de sa RSE.

Natexbio : Un petit mot sur la situation actuelle ?

Samira Mesbahi: Je suis attristée par le manque de civilité de certains qui ne respectent pas les règles de confinement, mais j’ai aussi beaucoup d’espoir sur ce qui ressortira de cette période si particulière : les plantes ont une intelligence collective, elles communiquent entre elles, elles sont contraintes à l’immobilisme et pourtant elles savent optimiser les ressources des autres pour se protéger ensemble. En ce temps de crise sanitaire, nous pourrions nous inspirer des plantes car nous sommes toutes et tous interconnecté.e.s.  Être solidaire, c’est le message que je souhaite transmettre aujourd’hui. Les humains et les plantes partagent de beaux secrets que j’aide à découvrir ; alors cultivez, observez, préservez les espèces et semez des graines ! Cela nous rend plus humbles et plus heureux, croyez-moi. D’ailleurs, j’en profite pour vous révéler un secret végétal : Saviez-vous qu’elles secrètent aussi l’hormone du bonheur. Vous êtes prêt.e.s pour du bonheur végétal ?:)

La Belle Plante c’est:

Des ateliers de jardinothérapie
À la racine de nombreux bienfaits. Les jardinier-e-s en herbe apprennent les gestes du jardinage écoresponsable avec une plante d’intérieur à empoter, tout en découvrant les secrets qui nous lient aux plantes, et en pratiquant le lâcher prise. Un moment de détente végétalement insolite.

Un écodesign végétal
La Belle Plante végétalise chaque espace avec style avec les principes de la permaculture, une culture durable sans intrants chimiques, qui s’adapte aux rythmes des plantes et aux ressources locales. Elle valorise l’héritage du passé et l’enracinement au présent, avec des plantes d’ici et d’ailleurs, des plantes anciennes et d’aujourd’hui, et des semences paysannes et/ou bio. Elle vous accompagne aussi via des conseils et des ateliers destinés aux entreprises, particuliers et associations. Ainsi, vous bénéficiez d’un espace végétalisé qui préserve notre biodiversité.

Des Ecohappenings
La Belle Plante met les belles plantes que nous sommes en scène dans ses performances et ses installations ‘végé-théâtrales’ interactives avec le public où on questionne la biodiversité. Ainsi le public apprend comment impacter positivement l’environnement de manière ludique.

Site web: https://lessecretsdelabelleplante.com/

Propos recueillis par Christophe Beaubaton pour Natexbio


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