La distribution des produits naturels et bio en Hongrie

4 mai 2019

Le drapeau hongrois flottant au vent. (Photo Wikipedia)

Pays à l’histoire riche, l’appartenance de la Hongrie au bloc de l’Est de 1945 à 1989 a fortement marqué son économie. Après quelques années de récession, jusqu’en 1993, son développement est globalement dynamique depuis : la Hongrie est aujourd’hui en 40, position mondiale pour son PIB par habitant, selon les données du FMI, juste après la Pologne. À l’instar des autres pays situés à l’est de l’ancien « rideau de fer », ses consommateurs se tournent aussi lentement vers le bio. Mais dans quelle mesure ?

Depuis 1983

Comme pour beaucoup de pays de cette région, l’histoire de la bio en Hongrie a commencé au début des années 1980. En 1983 fut fondée à Budapest le Biokultúra-Klub, première association pour l’agriculture biologique, regroupant cependant essentiellement des jardiniers amateurs et des écologistes. Il est devenu membre de I’IFOAM en 1987.

En 1985 fut créée Natura WG, structure destinée à promouvoir l’exportation des produits agricoles bio, la demande locale étant alors quasi inexistante. A cette époque, les contrôles étaient effectués par le certificateur néerlandais SEC (rebaptisé SKAL depuis 1992). Décembre 1987 vit la fondation de l’association Biokultúra (Biokultúra Egyesület), également accréditée par l’IFOAM. Biokontroll Hungària, aujourd’hui le plus important organisme de certification pour l’agriculture bio en Hongrie, fut mis sur pied en 1996. Le second certificateur local, Hungària Öko Garancia, fit son apparition en 2002. Biokultúra Egyesület est devenue en 2005 Magyar Biokultúra Szövetséget (association hongroise pour l’agriculture bio), appartenant maintenant à Biokontroll Hungária. Acteur majeur de la promotion de l’agriculture bio en Hongrie, elle gère notamment Biokultúra Ökopiac, le plus grand marché bio certifié du pays (et d’Europe centrale), où une centaine de vendeurs propose chaque semaine ses produits bio. Il existe également d’autres associations, comme la Fondation Péter Sárközy pour la culture biologique (Sárközy Péter Alapitvany a Biokltura) ou encore KÔSZ, active dans la région La Hongrie fut inscrite sur la liste des pays tiers agréés selon les modalités du règlement européen n° 2092/91 de 1991 « concernant le mode de production biologique de produits agricoles ». La Hongrie eitant membre de l’UE depuis 2004, la réglementation européenne sEY applique aujourd’hui directement. n, 1988 il n’y avait que 15 fermes bio (1 000 ha au total), chiffre pas-se à 330 en 1998 (21 565 ha), 1 420 en en 2004 (128 690 ha) et 1 791 ,en 2015 (129 735 ha). La part de la SAU cultivée en bio était alors de ‘,,79% (4,91 % en France et 5,10 % en Belgique cette année-là). Les derniers chiffres connus (FiBL Organic World 2018, voir aussi pages repères économiques) sont ceux de 2016 : 4 % (186 347 ha) de SAU en bio (France 5,5 % et Belgique 6 %), avec 3 414 producteurs, 44.2, transformateurs et 34 importateurs. La Hongrie était en 2016, le 4

En 1985 fut créée Natura WG, structure destinée à promouvoir l’ex-portation des produits agricoles bio, la demande locale étant alors quasi inexistante. A cette époque, les contrôles étaient effectués par le certificateur néerlandais SEC (rebaptisé SKAL depuis 1992). Décembre 1987 vit la fondation de l’association Biokultûra (Biokul-tûra Egyesület), également accréditée par l’IFOAM. Biokontroll Hun-gària, aujourd’hui le plus important organisme de certification pour l’agriculture bio en Hongrie, fut mis sur pied en 1996. Le second cer-tificateur local, Hungària Ôko Garancia, fit son apparition en 2002. Biokultûra Egyesület est devenue en 2005 Magyar Biokultûra Szô-vetséget (association hongroise pour l’agriculture bio), appartenant maintenant à Biokontroll Hungària. Acteur majeur de la promotion de l’agriculture bio en Hongrie, elle gère notamment Biokultûra Okopiac, le plus grand marché bio certifié du pays (et d’Europe centrale), où une centaine de vendeurs propose chaque semaine ses produits bio. Il existe également d’autres associations, comme la Fondation Péter Sàrkôzy pour la culture biologique (Sàrkôzy Péter Alapitvany a Biokulturaert) ou encore KÖSZ, active dans la région des Carpates.

La Hongrie fut inscrite sur la liste des pays tiers agréés selon les modalités du règlement européen n° 2092/91 de 1991 « concernant le mode de production biologique de produits agricoles ». La Hongrie étant membre de l’UE depuis 2004, la réglementation européenne s’y applique aujourd’hui directement.
En 1988 il n’y avait que 15 fermes bio (1 000 ha au total), chiffre passé à 330 en 1998 (21 565 ha), 1 420 en en 2004 (128 690 ha) et 1 791 en 2015 (129 735 ha). La part de la SAU cultivée en bio était alors de 2,79% (4,91 % en France et 5,10 % en Belgique cette année-là). Les derniers chiffres connus (FiBL Organic World 2018, voir aussi pages repères économiques) sont ceux de 2016 : 4 % (186 347 ha) de SAU en bio (France 5,5 % et Belgique 6 %), avec 3 414 producteurs, 44.2, transformateurs et 34 importateurs. La Hongrie était en 2016, le 4ème pays affichant la plus forte croissance de sa surface agricole en bio (en nombre d’hectares par rapport à 2015), derrière l’Italie, la France et l’Allemagne.


BioABC est un des plus anciens magasins bio de Budapest (photo Facebook BioABC)

Un marché bio local encore très faible

Dans son rapport GAIN (Global Agricultural Information Network) GM18006 du 2 juin 2018, l’USDA Foreign Agricultural Service américain rapporte que « selon une enquête Nielsen, 54 % des Hongrois questionnés consomment des aliments bio ». Un eldorado pour la Bio ? Ce n’est pas ce qui ressort de la consultation de documents hongrois. Ainsi, dans son bulletin Ökológiai Gazalkodas Melléklet d’août/septembre 2012, l’ÖMKI (institut de recherche sur l’agriculture biologique d’écologie, à Budapest) écrivait en effet : « En Hongrie, la part de marché des produits biologiques est négligeable ». Le bulletin précise en outre « Environ 85 % des produits biologiques d’origine nationale sont exportés vers les marchés d’exportation, essentiellement vers l’UE (principalement l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas) et la Suisse. La grande majorité des produits biologiques quitte le pays en tant que produit brut ou à faible valeur. Dans le même temps, la (modeste) gamme de produits bio que l’on trouve sur le marché intérieur des produits alimentaires correspond à des produits transformés. On estime que la part des produits importés dans la consommation intérieure atteint 90 % »

Plus récemment, en janvier 2018, on pouvait lire dans la version en ligne du magazine spécialisé Agrárágázat (Secteur Agricole) : « La Hongrie est loin derrière les pays développés en termes de consommation des produits bio et de surfaces de culture bio », ajoutant il est vrai « Il y a de la demande, la croissance est prometteuse ».

En termes d’intérêt des consommateurs pour les produits bio, une enquête de la faculté d’économie de l’université de Kaposvár publiée en 2015 avait révélé que 38,9 % des personnes interrogées considéraient que les aliments bio sont quelque chose d’important, la majorité des répondants (59,8 %) estimant cependant ne pas avoir d’avis sur le sujet. En même temps, le fait que les aliments soient d’origine locale était partiellement ou entièrement important pour 72,9 % d’entre eux. 92,5 % des répondants préféraient acheter des produits locaux plutôt que des produits importés, une proportion réduite à 81,3 % dans le cas des aliments bio. Autre élément à ajouter au dossier, comme l’écrivait le 7 juin 2017 le Budapester Zeitung, journal hongrois en langue allemande, « les produits bio coûtent souvent quasiment le double du prix des aliments produits de manière conventionnelle. Pour de nombreux consommateurs hongrois, ils sont donc inabordables. Le fait que la demande de produits bio en Hongrie soit comparativement [à l’Allemagne] faible, s’explique, selon une étude de l’Université des sciences agricoles Szent-Istvan, par le fait que les consommateurs doutent de la crédibilité des logos bio et certifications analogues ».

Dans la pratique, quelle est la taille du marché bio en Hongrie ? Les derniers chiffres disponibles semblent être ceux de 2015, publiés dans le rapport Organic World 2018 de la FiBL : 30 Mio €, juste après la Slovénie (49 Mio €) et avant le Portugal (21 Mio €). Pour rappel, à cette époque, le marché était en Allemagne de 9,5 Mrd €, en France de 6,736 Mrd € et en Belgique de 586 Mio €. Le pays ayant 9,7 Mio d’habitants, cela représentait une consommation par personne de 3 € (contre 101 € en France et 52 € en Belgique, la moyenne de l’Union européenne étant de 40 € par personne et de l’Europe géo-graphique de 60 €).

Les circuits de distribution

« Aujourd’hui, il n’existe pratiquement aucun réseau alimentaire dans lequel les réseaux de et le nombre de magasins en ligne ne cesse d’augmenter parallèlement aux magasins ne proposent pas de produits biologiques, magasins » écrivait le 12 décembre 2018 dans sa version en ligne Termekmix (Mix Produits), magazine professionnel spécialisé. Comme cela est en général le cas dans les pays avec un marché émergent, il est difficile d’avoir des chiffres non seulement précis mais aussi récents. Il faut donc se rabattre sur des données plus anciennes pour se faire une idée.

Ainsi les spécialistes Annamária Kovács et Ferenc Frühwald nous apprennent, dans le rapport Organic Farming in Hungary 2005, qu’en 1999 les principaux acteurs du marché bio à Budapest étaient une vingtaine de magasins bio à peine, proposant principalement des produits secs, 80 à 90% d’entre eux étant importés. Les produits frais étaient distribués quasi exclusivement par des circuits de vente directe. Puis le secteur bio fut impacté par la restructuration de la distribution alimentaire conventionnelle. En 2000, les 300 magasins alimentation bio et naturelle de l’époque représentaient 35 à 40% des ventes alimentaires bio, mais les hyper et supermarchés 32 %, les supermarchés discount 13 %, les ventes directes (abonnements à des paniers bio, vente à la ferme et marchés hebdomadaires) 1 à 5 %. Des marchés vendant des produits frais bio s’ouvraient alors dans un nombre croissant de villes, comme Budapest-Újpest, Szeged, Debrecen, Esztergom, Györ, Kecskemét.

En 2011, selon Eko Connect (le Centre international pour l’agriculture bio en Europe centrale et orientale, un organisme allemand), la distribution alimentaire conventionnelle représentait 50 % du marché, conjointement avec le circuit des drogueries (offrant également de l’alimentaire bio, à l’instar des drogueries allemandes).

Se basant sur des chiffres plus récents (2012) de Ferenc Frühwald, le Country Report sur la Hongrie du projet Pathways, publié en janvier 2015, donnait les parts de marché suivantes : Hyper-/supermarchés 60 % ; magasins spécialisés 20 %; marchés, foires et autres évènements 10 %, ventes en ligne 7 % et ventes à la ferme 3 %.


Le magasin HerbaHáz de Szeged, la 6e ville la plus importante de Hongrie, au sud du pays (photo herbahaz.hu).

Sans donner de sources, et en contradiction totale avec les éléments connus par ailleurs, dans un document de 2018 intitulé « L’essentiel du marché MDD », Business France annonce un marché bio à 81 Mio €, précisant : « 1/3 des ventes se fait dans les hypermarchés et drogueries. Les 600 magasins spécialisés sur les produits bio, les herbes médicinales et les « produits de santé » représentent 13 % des ventes ». Des chiffres à considérer visiblement avec la plus grande prudence. Enfin, l’Agence Bio, dans la dernière édition (2017) de son rapport « La Bio dans l’Union Européenne », donne pour la Hongrie une répartition GMS 60 %, magasins spécialisés bio 20 % et « autres » 20 %… Soit en fait les chiffres de 2012 de Ferenc Frühwald !

La grande distribution

Presque toutes les chaînes de GMS proposent du bio, souvent sous leur marque propre. Par ordre décroissant du nombre de magasins, ces enseignes sont : Tesco (plus de 200 magasins, marque propre Tesco Organic); Spar (plus de 200, marque propre Natur*pur bio) ; Penny Market (210) ; Lidl (environ 180) ; Aldi (environ 140, marque propre Natur Aktiv), Metro (25), Auchan (24). À ces enseignes internationales, il faut ajouter les importants acteurs locaux, présents même dans les plus petites localités : Coop (3 000 magasins, essentiellement des supérettes), CBA (plus de 2 000, pour moitie des supérettes) et Real (près de 500 magasins, surtout des supérettes). Les chaînes de droguerie allemandes, avec donc de l’alimentation et de la cosmétique bio ainsi que des compléments, sont aussi présentes en Hongrie : DM (partenaire de I’Allemand Alnatura) avec 260 magasins, Rossmann (180 magasins), Muller (38 magasins).

Le circuit spécialisé

Difficile de quantifier précisément le nombre de magasins bio au sens strict (type Bioladen allemand), d’autant plus que leur offre est souvent mixte : produits bio, diététiques et vegans, compléments, etc. Ils seraient quelques centaines faisant face a la concurrence de la GMS, moins chère. Leur assortiment croise souvent celui des traditionnels « magasins de santé » (Egészségbolt), a mi-chemin entre magasins bio/diététiques et pharmacies. Outre de nombreux produits diététiques et compléments, ils proposent également certains produits bio. En 2011, Eko Connect estimait leur nombre à environ 2000. Nous n’avons pas pu avoir de chiffre plus récent.

Parmi les enseignes spécialisées d’importance, citons Diéta-Life-Market, trois magasins a Budapest, et surtout HerbaHáz, qui possède cinq magasins, la plupart extrêmement modernes, a Budapest, Gyor, Pécs, Szeged et Kecskem’t. Du côté des indépendants, BioABC, considéré comme une des meilleures adresses de Budapest, avec un très bel assortiment de fruits et légumes, est un bon exemple : entreprise familiale fondée il y a 20 ans, c’est en fait trois magasins côte à côte : boutique bio, magasin de compléments et 50 m plus loin Vega City, un restaurant vegan.

Notons que l’on commence à voir aussi apparaître quelques boutiques spécialisées dans la cosmétique naturelle et bio, comme Organic Harmony, fondée en 2009, qui a une triple casquette : magasin de cosmétiques, boutique en ligne et importateur/distributeur.

Grossistes, détail et Internet : une frontière floue

A ce propos, on trouve bien sûr un grand nombre de magasins bio ou de santé en ligne, appuyés ou non sur une boutique physique, comme BioNagyker, Bijo, Bionivo, Biopartner, Biopont, Bioszallito, elj.hu biobolt, HerbaHáz déjà cité, Herbalnet, Netbio, Biosziget, Paleocentrum, etc.

Certaines interfaces sont très modernes beaucoup plus… « artisanales », signe d’une envergure limitée.

Parmi ces boutiques en ligne figurent Biopont, Mediline, Bijo, Biopartner Paleocentrum, qui sont en plus des importateurs et/ou grossistes. Biopont s’affiche comme le principal producteur et distributeur de produits bio (alimentaires) en Hongrie (dont un important assortiment a sa marque propre) annonçant un CA de 5 Mio €. Mediline, présent aussi en boutique sous l’enseigne DiétaLifeMarket précitée vend aussi en ligne. Son catalogue de grossiste serait fort de 15 000 références comme grossiste (bio, compléments, produits pharmaceutiques) dont 800 comme importateur. Autre distributeur/importateur (800 fournisseurs et 17 000 produits), Bijo possède également un magasin a Budapest, accessible aux particuliers, ainsi qu’un « centre de santé » Bijó Energy, où officient des thérapeutes naturels. Citons aussi entre autres Helios Bio-Ker ou encore Presto Pilot, par ailleurs importateur-grossiste de… machines et de fil à coudre !


Un des magasins de la petite chaîne Dieta-Life-Market (image Facebook Dieta-Life-Market).

Marchés et AMAP

Cet article ne serait pas complet si on ne mentionnait pas les marchés bio, qui jouent donc un certain rôle, comme dans bien des pays. Le plus connu et apprécié est Ökopiac à Budapest, géré, comme indiqué plus haut, par l’association Biokultura. On y trouve non seulement des fruits et légumes, mais aussi des produits transformés, certains artisanaux, mais beaucoup aussi importés, y compris de la cosmétique, des écoproduits ou des vêtements. Mais, pour ne parler que de la capitale, il y a aussi entre autres les marches fermiers, avec moins de produits manufactures, de Szimpla ou d’Eleszto.

Enfin, les AMAP (Zöldségközösségek, littéralement « communauté de légumes », en anglais Community-supported agriculture) connaissent un certain frémissement, comme les projets autour de l’association Szatyorbolt.

Merci à Katalin Szépkuthy (Hungária Öko Garancia) et Ádám Molnár (BioABC).

Michel Knittel – Bio Linéaires n°83 – Mai / Juin 2019



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