Tribune libre d’Eric Gall, Directeur Général Adjoint d’IFOAM Organics Europe

27 juillet 2021
Eric Gall, Directeur Général Adjoint d’IFOAM Organics Europe

En 2020, la Fédération européenne de l’agriculture biologique (IFOAM Organics Europe) a convaincu la Commission européenne d’intégrer un objectif de 25% de la surface agricole en bio d’ici 2030 dans sa stratégie « de la ferme à fourchette », déclinaison du Green Deal pour le secteur alimentaire.

Cet objectif aspirationnel représente plus qu’une reconnaissance symbolique des bénéfices de l’Agriculture Biologique pour l’environnement et la société.

Il doit servir de point d’appui à la Commission européenne pour évaluer si les moyens consacrés à l’Agriculture Biologique dans les futurs « plans stratégiques nationaux » seront à la hauteur de la nouvelle ambition européenne de parvenir à des « systèmes alimentaires durables » d’ici 10 ans. La nouvelle PAC (politique agricole commune), dont on ne peut que regretter le manque d’ambition transformatrice, laisse en effet encore plus de latitude aux gouvernements nationaux.

La Commission a également publié en mai 2021 un Plan d’Action européen pour le développement de l’Agriculture Biologique, qui reprend largement les propositions d’IFOAM : la Commission y décrit une panoplie de mesures à prendre à tous les échelons, du national au local, pour accroître aussi bien la production que la demande de produits bio, et pour augmenter l’effort de recherche en bio.

À titre d’exemple, la Commission a consacré en 2021 un budget sans précédent (23 millions d’euros) à la promotion des produits bio sur le marché intérieur, et cette tendance devrait continuer en 2022.

IFOAM Organics Europe a également persuadé les institutions européennes de repousser d’un an l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation bio (qui s’appliquera donc le 1er janvier 2022), afin de laisser aux acteurs du secteur le temps de se préparer aux nombreux changements réglementaires, dont de nombreux points techniques sont d’ailleurs toujours en cours de négociations.

Toutes ces innovations ont eu lieu dans un contexte où, malgré la pandémie et les mesures de confinement, la demande pour le bio a continué d’augmenter dans la plupart des pays européens. Un avenir radieux est-il donc tout tracé pour le secteur ? Il faut au contraire que les acteurs de la bio restent unis et mobilisés au niveau européen, car plus l’intérêt de l’Agriculture Biologique est reconnu par les décideurs pour lutter contre le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité, et la désertification des zones rurales, plus les résistances au changement se durcissent. Les débats français sur l’étiquetage environnemental pour les produits alimentaires (« ecoscore ») préfigurent une importante bataille européenne au sein de laquelle les lobbys de l’agriculture conventionnelle feront tout pour obtenir la reconnaissance de pratiques « durables » largement moins exigeantes que l’Agriculture Biologique. Par ailleurs, la Commission souhaite une dérèglementation des « nouveaux OGM », qui pourrait laisser les opérateurs bio exposés à une contamination par des OGM non soumis au système de traçabilité et d’étiquetage obligatoire.

Historiquement les politiques publiques ont joué un rôle important dans le développement de l’Agriculture Biologique, et IFOAM Organics Europe continuera, avec l’appui de ses membres français, à lutter sur tous ces fronts pour protéger les intérêts de l’Agriculture Biologique et obtenir des règlementations européennes qui reconnaissent les bénéfices de l’Agriculture Biologique et contribuent à son essor.

Tribune libre d’Eric Gall, Directeur Général Adjoint d’IFOAM Organics Europe


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