Entretien avec Jean Verdier Président du Synabio

18 octobre 2017

Réunis en assemblée générale le 28 septembre, les adhérents et partenaires du SYNABIO étaient invités à « construire ensemble le SYNABIO de demain ». Son président Jean VERDIER (administrateur de Natexbio) présente l’actualité de son syndicat engagé pour faire de la France le 1er pays bio de l’Union européenne d’ici 2022.

Natexbio : L’assemblée Générale du Synabio qui s’est achevée il y a quelques semaines a mobilisé plus de 200 participants, adhérents et partenaires. Que retenez-vous de cette journée?

Jean Verdier: Ces rencontres sont traditionnellement un temps fort de la vie du SYNABIO : nos adhérents et partenaires se retrouvent chaque année en nombre pour débattre des enjeux de la bio dans une ambiance conviviale et très inspirante.

Cette année, notre assemblée générale était placée sous le signe de l’intelligence collective et de la réflexion stratégique. La bio connaît un développement sans précédent et tous les ans le SYNABIO accueille de nouveaux membres. Dans ce contexte, quoi de plus naturel que d’inviter nos adhérents et nos partenaires à se projeter pour construire ensemble le SYNABIO de demain ?

Le format participatif de notre AG a été très apprécié. Il a permis à la créativité de chacun de s’exprimer tout en donnant un nouvel élan à notre collectif.

Je retiens également deux temps forts de cette journée : le vote à main levée – et à l’unanimité – sur la motion rappelant nos lignes rouges à propos du futur règlement bio et le dialogue très riche entre Nicolas Bricas du CIRAD et Yves Puget de LSA sur les transitions à l’œuvre dans nos métiers.

Natexbio : Vous avez innové cette année en réunissant vos groupes de travail sous forme d’ateliers de co-créativité. Comment vos adhérents ont-ils accueilli cette démarche d’intelligence collective ?

Jean Verdier: Si j’en juge par le nombre de participants, leur implication dans les ateliers et les nombreux retours positifs, le pari est réussi !

Nous avions conçu le processus d’intelligence collective avec l’expertise de deux spécialistes, Olivier Massicot et Tao Carpentier, qui connaissent par ailleurs bien le monde de la bio.

En amont de l’assemblée générale, un petit groupe d’adhérents s’est impliqué pour préparer la journée et donner envie à tous les autres de se retrouver le jour « J ». Cette mobilisation a bien fonctionné et, à l’issue des ateliers, nous avons pu recueillir un matériau à la fois riche et déjà organisé.

Dans les six prochains mois, ces idées et ces propositions de nos adhérents vont venir nourrir la raison d’être, la vision et la feuille de route du SYNABIO.

Natexbio : Au cours des 12 derniers mois le Synabio a pris plusieurs décisions importantes pour la filière Bio. Pouvez-vous nous rappeler les plus importantes d’entre elles ?

Jean Verdier: En cette année d’élections, nous nous étions donnés pour objectif d’inscrire le développement de la bio à l’agenda des formations politiques en lice pour les présidentielle et les législatives.

Nous avons ainsi lancé le Pacte bio 2017. Il s’agit d’un programme en huit points visant à faire de la France le 1er pays bio d’Europe en 2022.

Ce pacte, sur lequel les principaux partis politiques en lice n’ont pas manqué de réagir, nous a permis d’affirmer une ambition forte pour notre secteur et de fédérer les acteurs de la bio autour de cette vision. Mis en ligne et adressé aux élus locaux, le Pacte bio 2017 a recueilli en quelques semaines plus de mille signatures, confirmant ainsi l’engouement de nombreux territoires pour la bio.

Il nous a aussi permis de donner davantage de visibilité à nos entreprises et de nouer contact avec le nouvel exécutif.

L’enjeu est désormais de travailler avec la nouvelle équipe au pouvoir pour créer les conditions du développement de la bio, en particulier dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation où nous sommes représentés par quatre de nos adhérents.

D’expérience, je sais que la tâche sera rude, tant les résistances à notre modèle et à la nécessité d’une transition agricole et alimentaire sont fortes. Mais le rôle du SYNABIO est bien de rassembler les énergies, les expertises et d’inscrire son action dans le temps long pour faire bouger les lignes.

Avec l’adoption cette année d’une feuille de route sur le risque « contaminants » et sur les arômes, avec nos nouveaux outils dédiés à la RSE et à notre label Bioentreprisedurable®, nous disposons d’un cadre structurant pour toutes les entreprises de la bio qui souhaitent rester pionnières et anticiper. En partageant ces outils, en nous retrouvant demain autour de bonnes pratiques en matière de RSE et de qualité, nous contribuons à donner un cap au développement de la bio.

Notre environnement change et se transforme rapidement : des filières conventionnelles promettent aux consommateurs des produits « 0 résidus » et les enjeux du développement durable prennent davantage de place dans la communication mais aussi dans les stratégies des entreprises.

Dans ce contexte, il nous appartient de prendre les devants afin de progresser ensemble sur la qualité de nos produits et sur la contribution des filières bio au développement durable. C’est le message qu’ont brillamment illustré nos adhérents labellisés Bioentreprisedurable® lors de notre premier séminaire RSE le 21 juin dernier.

Natexbio : Parmi les grands chantiers abordés par le Synabio figure celui de la réglementation Bio. Votre syndicat s’est fortement mobilisé tout au long de l’année pour faire valoir ses positions auprès des législateurs en rappelant notamment ses lignes rouges. Quelles sont-elles ?

Jean Verdier: La révision du règlement européen sur la bio est un chantier long et complexe où se mêlent les enjeux techniques et politiques. Après trois ans et demi de travaux législatifs à Bruxelles, quelques orientations se dessinent mais l’accord final se fait toujours attendre.

Tout au long de l’année, le SYNABIO s’est mobilisé avec ses partenaires français pour défendre ses lignes rouges sur la question des coformulants dans les produits de traitement, le lien au sol, le maintien du contrôle annuel et sur une obligation de moyens renforcée.

Le 9 juin dernier, confrontés au manque de transparence des négociations et à la porte close du Ministre de l’Agriculture du moment, nous avons – avec tous nos partenaires français – pris publiquement la parole lors d’une conférence de presse. Le propos fut clair : la recherche du compromis entre institutions et Etats Membres ne doit pas remettre en cause les acquis et le niveau d’exigence du cahier des charges bio.

 

Natexbio : Dans le Nord de l’Europe (Danemark, Suède, Finlande), se sont développés des systèmes de cultures bio en bacs. Ce mode production n’est-il pas en contradiction avec le principe du lien au sol?

Jean Verdier: En effet, c’est la porte ouverte à une bio hors sol que nous ne souhaitons pas et qui serait en profond décalage avec les attentes de nos consommateurs.

 

Natexbio : Nous sommes à mi-parcours des Etats généraux de l’alimentation. Sur la plateforme egalimentation.gouv.fr vous avez publié Huit propositions pour faire de la France le 1er pays bio d’Europe en 2022. Quelles sont-elles ?

Jean Verdier: Les EGA visent à « relancer la création de valeur dans les filières agroalimentaires et à accompagner la transformation des modèles de production afin de répondre davantage aux attentes et aux besoins des consommateurs. »

Ce défi, c’est celui que les acteurs de la bio relèvent tous les jours en pratiquant une agriculture respectueuse de la santé et de l’environnement et en développant des relations économiques équilibrées et durables au sein de leurs filières.

Aujourd’hui, 80% des produits bio consommés en France y sont produits avec des retombées importantes dans les territoires, notamment en termes d’emplois.

 

Ce modèle vertueux doit être accompagné dans son développement. Pour y parvenir, nous proposons aux pouvoirs publics et aux acteurs privés d’investir dans notre modèle avec huit mesures complémentaires :

1/Un plan de développement à 5 ans mobilisant l’Etat, les régions et les agences de l’eau avec un objectif de 20% de la SAU en bio en 2022. Pour atteindre cet objectif, il faudra flécher un milliard d’euros sur cinq ans vers la bio, c’est-à-dire 20% du « plan national de modernisation » de l’agriculture annoncé par Emmanuel Macron;

2/La pérennisation des dispositifs d’aide aux agriculteurs bio ;

3/Un accès au foncier facilité pour les agriculteurs bio ;

4/Passer la TVA sur les produits bio à 2.1% (taux super-réduit) compte tenu des impacts positifs de la bio pour la collectivité (effets sur la santé et l’environnement)

5/Un objectif de 20% de bio locale en restauration collective publique et privée ;

6/Une augmentation du Fonds Avenir bio à 12 millions d’euros par an pour accompagner la structuration des filières ;

7/Le fléchage de 1% du Livret de développement durable et solidaire vers les investissements dans les entreprises bio

8/ Un soutien accru à l’innovation et la recherche sur l’agriculture biologique.

 

Natexbio : Les médias qui s’intéressent beaucoup à la bio actuellement, questionnent nos valeurs : la bio d’aujourd’hui est-elle toujours conforme à la vision qu’en avaient les pionniers ? Selon vous comment mieux défendre les valeurs de la Bio ?

Jean Verdier: Je pense que l’idée d’une bio exigeante ne se résume pas au contenu du règlement européen.

Notre environnement change et se transforme rapidement : des filières conventionnelles promettent aux consommateurs des produits « 0 résidus » et les enjeux du développement durable prennent davantage de place dans la communication mais aussi dans les stratégies des entreprises.

Du côté des consommateurs, il y a des tendances de fond que nous devons mieux prendre en compte, par exemple en matière de bien-être animal.

De manière générale, il nous appartient de prendre les devants afin de continuer à progresser sur la qualité de nos produits et sur la contribution des filières bio au développement durable. C’est le projet que nous portons au SYNABIO.

Je crois aussi à la pédagogie : nous devons continuer à expliquer aux consommateurs ce qu’est la bio et quelles sont nos contraintes. Il est important d’entretenir ce lien de confiance car c’est ce qui fonde la réussite de notre modèle.

Natexbio : Dans quelques jours se tiendra le Salon Natexpo (22, 23 et 24 octobre prochains) Qu’attendez-vous de cette nouvelle édition ?

Jean Verdier: Natexpo est avant tout un rendez-vous business et ce sera l’occasion pour les uns et les autres de mieux sentir les orientations du marché. Je suis toujours curieux de découvrir les nouveaux exposants et en particulier les jeunes pousses qui se lancent. Nous en accueillons plus d’une trentaine aujourd’hui au SYNABIO et nous en sommes ravis car elles incarnent la bio de demain.

Le salon est aussi un moment de rencontre et d’échanges que j’apprécie tout particulièrement. La bio reste un secteur à taille humaine et c’est une chance.

J’espère que nous aurons aussi le plaisir d’accueillir le Ministre de l’agriculture et de lui faire découvrir les entreprises de la bio et d’aborder avec lui les enjeux de notre secteur.

Propos recueillis par Natexbio


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