Tribune de Bernard Lignon, Chargé de missions Réglementation / Qualité Synabio

17 novembre 2023

Face à l’urgence climatique, il est urgent de ne pas déréguler la réglementation sur les OGM !

Bernard Lignon, Chargé de missions Réglementation et Qualité Synabio

S’il est évidemment urgent et primordial de traiter les problèmes et surtout les causes du dérèglement climatique, il ne faut pas tout confondre ! Utiliser l’urgence climatique comme alibi pour faciliter la mise sur le marché des nouveaux OGM / les NTG (Nouvelles Techniques Génomiques) est inaudible et devient de plus en plus insupportable.

L’Espagne qui a la présidence de l’Europe jusqu’à la fin de l’année, veut aller vite pour adopter le projet de règlement des nouveaux OGM / NTG au nom du dérèglement climatique. Aller vite présente le gros avantage d’éviter un débat démocratique européen sur une alimentation qui ne serait plus basée sur le principe de précaution, ni sur la liberté de choix des opérateurs et des consommateurs, où les bénéfices financiers seraient limités à une demi-douzaine des majors de la semence (qui sont les mêmes que de l’agro chimie). De plus les risques qui ne seraient plus évalués, seraient à supporter par l’ensemble des citoyens et par les générations futures. 

Comme si les NTG pouvaient être une solution pour atteindre les objectifs du Green Deal. Sur le papier tout semble possible comme une lettre au Père Noel. Mais si on pouvait être naïf, il y a 30 ans avec les promesses faites sur les OGM, ce n’est plus possible aujourd’hui avec les nouveaux OGM. En effet que constate-ton aujourd’hui  ? Les OGM développés dans le monde sont à 85% des variétés résistantes à des herbicides et à 99% des variétés résistantes aux herbicides et/ou possédant le gène Bt. 

Laisser penser aux agriculteurs que la solution réside dans l’utilisation des nouveaux OGM / les NTG est trompeur et même irrespectueux vis-à-vis de ceux-ci. C’est prouvé scientifiquement : les OGM nécessitent plus de pesticides que des plantes conventionnelles. La nature s’adapte et les plantes deviennent de plus en plus résistantes aux molécules de synthèses. 

En 2019, à elles seules, 4 espèces  (coton, soja, maïs et colza) représentaient 99% des surfaces mondiales cultivées en OGM. Cette concentration des espèces engendre une diminution de la biodiversité et ne répond pas aux besoins de diversité alimentaire de la population. 

Les mêmes causes produisant les mêmes résultats, il est fort à parier que les NTG nécessiteront l’utilisation de plus de pesticides comme c’est le cas, 30 ans après pour les OGM. Il ne faudra sans doute pas attendre 30 ans d’ailleurs : l’étude du CCR de 2021 montre que 6 des 16 produits NGT actuellement au stade pré -commercial (susceptibles d’entrer sur le marché prochainement), sont liés à la tolérance aux herbicides. Donc on veut réduire l’utilisation d’herbicides en facilitant la commercialisation des plantes GM tolérantes aux herbicides !

Il est indispensable d’aider réellement le monde agricole de la fuite en avant vers le «  toujours plus de volumes » qui nécessitent plus d’acquisition de surfaces, plus de matériels sophistiqués, où il est obligatoire d’assurer des rendements élevés grâce à l’utilisation d’intrants chimiques et de pesticides de synthèses sous peine de ne pas pouvoir rembourser des emprunts de plus en plus massifs. La pression est immense et en France, l’agriculture est la profession la plus exposée au risque de suicide. Selon la Mutualité Sociale Agricole (MSA), un agriculteur se donne la mort tous les 2 jours (Silence dans les Champs Nicolas Legendre) Et que dire du vieillissement de la population agricole et de sa diminution.

Il faut vraiment aider les agriculteurs à sortir de cette situation paradoxale où on leur promet que seule l’utilisation des NTG est la solution pour eux. Ce n’est pas l’utilisation de semences brevetées qui va aider les agriculteurs. Le prix de ces semences sera plus élevé d’une part (l’USDA a d’ailleurs reconnu que le brevetage augmentait le prix des semences) et à terme les agriculteurs pourraient ne plus avoir d’autres choix (concentration des majors de la semence et risque de contamination accidentelle) que d’utiliser des semences NTG sous peine d’être poursuivi pour contrefaçon. 

Il est illusoire de penser que ces semences NTG seront adaptées aux conditions pédo climatique spécifiques locales, car produites de façon à être le plus rentable possible en étant cultivées dans l’ensemble des régions du monde. L’apport en intrant chimiques restera obligatoire pour assurer de forts rendements. Les impacts financiers et environnementaux resteront inchangés.

Vouloir agir vite c’est bien, mais autant utiliser des modes de production qui ont fait leurs preuves en terme de résilience environnementale tels que l’agriculture biologique. Un des objectifs du Green Deal est d’atteindre 25% de la SAU en bio d’ici 2030. 

Il importe avant l’adoption du texte sur les NTG que les citoyens s’emparent de ce sujet afin d’exprimer quel modèle alimentaire ils souhaitent réellement

Si vous souhaitez plus d’informations, n’hésitez pas à contacter le Synabio.

Bernard Lignon, Chargé de missions Réglementation / Qualité Synabio

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