Catherine Chalom, fondatrice et gérante de l’enseigne bio Le Retour à la Terre

30 août 2019
Catherine Chalom
Fondatrice et gérante
Le Retour à la Terre

Fondatrice de l’enseigne Le Retour à la Terre implantée à Paris depuis 2008, Catherine Chalom dirige 3 magasins bio membres du réseau Biocoop. Portrait de cette militante de la bio qui souhaite créer « des lieux-passerelles entre le monde agricole et le monde urbain ».

Natexbio : Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel et votre engagement dans la bio ?

Catherine Chalom : Après une formation d’ingénieur généraliste (Centrale Paris) j’ai exercé de nombreux métiers (finance, contrôle de gestion, étude marketing, pilotage de projet informatique…) au sein d’une banque et du groupe Renault. J’ai acheté la revue Nature & Progrès en allant faire mes courses dans un petit magasin bio et cette lecture m’a fait comprendre l’importance de consommer bio. J’ai adhéré à la revue et petit à petit ma conscience écologique s’est développée et mon travail de cadre dans un grand groupe m’a semblé futile au vu des enjeux actuels d’où mon engagement à créer des magasins permettant l’accès à une nourriture de qualité, la préservation de la nature, la création d’emplois, le soutien à de petits producteurs…

Natexbio : Vous avez créé le Retour à la Terre il y a plus de 10 ans. Pouvez-vous nous raconter les origines et les étapes de votre enseigne ?

Catherine Chalom : J’étais cliente de magasins Biocoop et je souhaitais avoir une contribution plus écologique et sociale que de continuer à travailler dans un groupe automobile qui délocalisait, précarisait… et se lançait dans le créneau porteur – et ô combien polluant – des 4×4 ; j’ai donc fait un bilan professionnel dont la conclusion était que la création d’un magasin permettrait de conjuguer mes deux engagements écologique et social. J’ai donc postulé pour ouvrir un magasin puis ai fait un parcours de formation et d’intégration dans 4 magasins différents puisque je n’avais aucune expérience dans ce domaine !

Natexbio : Vos magasins sont membres du réseau Biocoop. Comment définiriez-vous le positionnement de votre enseigne Le Retour à la Terre ?

Catherine Chalom : Le Retour à la Terre a pour signature la biodiversité à votre portée ; nous souhaitons avoir une offre extrêmement large, en garantissant l’accès à des produits biologiques à tous. Certains clients viennent de très loin car ils trouvent chez nous des produits de petits producteurs ou des produits innovants qu’ils ne trouvent encore nulle part ailleurs ! Et en saison nous avons entre 15 et 25 variétés de pomme différentes (et pas de golden même bio).

Nous avons plusieurs centaines de fournisseurs actifs en plus de Biocoop qui est bien évidemment notre partenaire privilégié.

Par ailleurs si nous respectons la charte Biocoop nous nous efforçons d’aller encore plus loin : nous avons banni depuis 2017 tous les produits alimentaires – et tous les savons – contenant de l’huile de palme notamment. Nous sommes fiers de proposer une gamme de produits d’entretien en vrac sans huile de palme en Nature & Progrès.

Magasin Le Retour à la Terre Rive Droite à Paris 11ème

Sur le plan des idées nous sommes un magasin particulièrement militant qui organise des soirées débats thématiques, soutient de nombreuses associations comme Générations Futures ou Agir pour l’Environnement ; dans notre lettre d’actualité mensuelle nous invitons nos clients à se joindre à nous pour signer des pétitions à vocation écologique. Car pour nous il est important non seulement de donner l’opportunité à nos clients de consommer une alimentation biologique de qualité mais aussi de développer sa conscience écologique (comme ce fut mon cas par le passé !).

Par ailleurs nous souhaitons avoir une relation différente, de confiance, avec nos fournisseurs ; nos petits fournisseurs sont payés rapidement sans attendre le délai contractuel

Natexbio : On dit souvent que le conseil est la clef de voûte du magasin bio. Quelle importance accordez-vous à la formation de vos équipes ?

Catherine Chalom : La formation est importante, mais pour moi la priorité c’est que les équipes consomment les produits qu’ils vendent en magasin d’où notre politique de remise importante pour le personnel ; on ne parle jamais aussi bien d’un produit que lorsqu’on l’a gouté ou utilisé soi-même !

Natexbio : Avez-vous identifié une évolution du consommateur bio et de ses attentes ? Plus généralement, comment voyez-vous le futur des réseaux spécialisés bio ?

Catherine Chalom : Lorsque nous avons ouvert le magasin les consommateurs étaient pour beaucoup des militants de la première heure qui acceptaient des emballages désuets ou ne pas trouver tous les produits du quotidien. Maintenant le profil de la clientèle est plus généraliste et ils attendent un environnement, une offre… à la hauteur du conventionnel, tout en sollicitant le conseil, l’accueil et une bien plus faible attente en caisse ! Il y a également beaucoup plus de clients « tendance » avant-hier les baies de goji ou le son d’avoine, hier le « chou kale » ou la « raw food » et aujourd’hui le « tout vrac »y compris pour le non alimentaire ; que seront leurs attentes demain ?

Natexbio : Dans votre assortiment, vous privilégiez les petits producteurs en circuits-court. A partir de quels critères avez-vous référencé vos fournisseurs ?

Catherine Chalom : J’ai connu les premiers à l’occasion de salons bio comme Marjolaine ou Natexpo (qui met en avant des créateurs d’entreprises innovantes) ou par suggestion de personnes de l’équipe ; certains fournisseurs nous recommandent à d’autres… Nous privilégions les producteurs engagés en Nature & Progrès et en biodynamie (Demeter) ; Dans l’idéal nous souhaiterions bien sûr des produits locaux, originaux, avec un packaging attractif, abordables avec des patrons engagés comme nous. Nous nous mettons à la place du client ; pas question pour nous de référencer un produit que nous ne trouvons pas bon même s’il rencontre un grand succès commercial dans un autre magasin ! Nous recevons quasi quotidiennement des demandes de référencement en alimentaire ou en cosmétiques.

Magasin Le Retour à la Terre Rive Gauche  à Paris 5ème

Natexbio : Votre lien avec les associations Nature & Progrès et Kokopelli a renforcé votre appétence pour les variétés anciennes de fruits et légumes. Vous entretenez vous-même des vergers bio en Normandie. Pouvez-vous nous faire (re)découvrir certaines de ces variétés rares ou oubliées ?

Catherine Chalom : J’aime beaucoup les kiwais, les caseilles,… et parmi les pommes la patte de loup, la winter banana,…

Natexbio : Le Retour à la Terre c’est aussi un engagement fort qui se concrétise par le soutien à des ONG environnementales ou encore par des animations à l’écologie et au développement durable en magasin. Quels types d’événements proposez-vous ? Quel est le retour de vos clients ?  

Catherine Chalom : Nous organisons régulièrement des soirées débat : « le goût des pesticides dans le vin » avec le Pr Seralini a eu un grand succès !  Nous organisons chaque année des ciné débats dans le cadre du festival Alimenterre ou de la Semaine pour les Alternatives aux Pesticides. Nous faisons aussi gagner des livres sur des thèmes qui nous sont chers ce qui permet de les mettre en avant « Nous voulons des coquelicots », « Ma cuisine bio et zéro déchet »…

Natexbio : Le 11 juillet dernier, le Comité national de l’agriculture biologique (CNAB) de l’INAO a adopté des dispositions pour encadrer en France le chauffage des serres pour la production des légumes d’été en Agriculture biologique. Qu’en pensez-vous ?

Catherine Chalom : Chez Biocoop la production sous serre chauffée est strictement interdite et je soutiens cette position stricte

Natexbio : Les professionnels des produits biologiques sont aussi des ambassadeurs du bien-être. Quelle est la formule gagnante de votre hygiène de vie ? Avez-vous un conseil à donner à nos lecteurs ?Catherine Chalom : Par rapport à mon mode de consommation lorsque j’avais 20 ans j’ai complètement changé de mode d’alimentation ; non seulement je mange bien évidemment quasi exclusivement bio (quand on est invité difficile de l’exiger de ses hôtes !) mais je privilégie les aliments simples, beaucoup de fruits et légumes ; je limite ma consommation de produits animaux (viande, poissons, laitages[C1] ), à la fois pour des raisons éthiques, écologiques mais aussi diététiques en particulier le soir. Mon conseil c’est non seulement de manger bio, mais de manger moins sucré, moins salé, pas ou peu transformé… et de préparer chez soi au maximum : on sent mieux le vrai goût des produits c’est moins cher et c’est bien meilleur pour la santé !

 Propos recueillis par Natexbio

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